De la catapulte au canon électrique

Catapultes, trébuchets et bombarde

catapulteLes premières armes considérées comme faisant partie de l’artillerie sont les catapultes.
Les premières catapultes furent utilisées par les Perses au VIème siècle avant J-C. Après les Grecs au IVème siècle avant J-C, les Romains s'en servent face à Syracuse au IIIème siècle avant J-C puis dans de nombreuses autres batailles.
Ensuite les catapultes seront utilisés jusqu’à l’ère médiévale.

Au XIIème siècle, les trébuchets à contrepoids vont être inventés. Ils serviront à fracasser les murailles et à envoyer des projectiles de 140 kg, au rythme de 2 maximum par heure.
C’est avec les trébuchets que les premières guerres biologiques ont existé. En effet, les assaillants pouvaient envoyer des cadavres infectés par différentes maladies par-dessus les murailles dans le but de propager une épidémie.
Ils seront progressivement remplacés par le canon, durant le XIVème siècle.

Les premières bouches à feu du XIVème siècle ou bombardes tiraient sans précision et à faible portée( 50 à 100m) des boulets en pierre grâce à la poudre. Le XVème siècle voit l’adoption de l’affût, la possibilité de varier la portée et l’apparition de boulets de métal.

bouletsL’artillerie va s’organiser sous forme d’un service civil concédé à des particuliers au XVIème siècle pour devenir un corps militaire à la fin du XVIIème siècle.
En parallèle, l’artillerie navale va se développer à partir du XVIème siècle avec l’apparition de canons de 6 à 36 livres sur les bateaux à voile (puis à vapeur).

Evolutions au XVIè et XVIIè siècle

Au XVIème siècle, l’affût est amélioré : il devient un affût sur roues.
Une autre amélioration est apportée : on trouve à l’avant des canons des charges de poudre contenues dans des enveloppes de tissu appelées «gargousses».
De plus, les canons ont augmenté leur portée, passant de 100m à 300m et les tubes des canons ont une «espérance de vie» augmenté par dix : une centaine de tirs peuvent être faits avant l’éclatement.

Cependant des progrès restent à faire, notamment au niveau des roues, qui ne sont pas interchangeables entre canons. Puis Louvois crée les fusiliers du roi et le royal-bombardier.
Ce canon est composé de quatre parties essentielles : le tube ou bouche à feu qui sert à lancer le projectile, fermé à l’arrière par une culasse étanche et par le dispositif de mise à feu. Puis on trouve l’affût qui repose sur le sol grâce à des roues. Ensuite, le lien élastique, attelé à la bouche à feu et au berceau solidaire de l’affût, assure la stabilité de tir en limitant le recul.
On y trouve un frein hydraulique et un récupérateur de gaz. Enfin, il y a le dispositif de visée qui permet d’assurer la mise en direction du tube à l’aide d’une lunette graduée.

Les fortifications de Vauban

Pour contrer et éviter des attaques contre le Royaume de France , alors dirigé par Louis XIV, le Marquis de Vauban décide de faire de la France un « pré carré », c'est-à-dire fortifier une centaine de villes étant proches de la frontière.
Cela devait protéger la France de toute attaque venant de l’extérieur, en particulier au Nord pour contrer une possible attaque par les Pays-Bas espagnols, mais aussi de libérer les villes intérieures de leurs fortifications et réduire les garnisons présentes dans ces villes.

Ainsi, Paris perd ses fortifications et libère une bonne partie de ses troupes qui partent alors rejoindre les garnisons à la frontière. Vauban fait fortifier une première ligne de villes comme Dunkerque, Lille, Valenciennes, et une deuxième ligne de villes fortifiées avec Gravelines, Arras, Douai, Cambrai, Mézières…

Le mortier

Cependant, durant le XVIIème siècle, une nouvelle arme est créée : le mortier, pour être une arme de siège.
En effet l’artillerie avançant à grand pas, les systèmes de défense se sont aussi modernisés avec d’épais remblais de terre, ce qui empêchait les tirs tendus.

Au XVIIIème siècle, Jean-Baptiste de Gribeauval, aidé du Général Vallière, réforme l’Artillerie sur le modèle autrichien. Ainsi, la standardisation des calibres, une maniabilité accrue, l’adoption de la hausse de pointage, permettent à Gribeauval de distinguer l’artillerie de campagne (canons de 12, 8 et 4 livres) et l’artillerie de siège (canons de 24 et 16 livres).

C’est ainsi que naît le système Vallière et le Système d’Artillerie de Gribeauval dans la deuxième partie du XVIIIème siècle. Vallière uniformise et standardise les canons à 5 calibres. Grâce au système de Gribeauval, l’artillerie française sera supérieure aux autres. Ainsi, la France remportera la bataille de Valmy (1792) notamment grâce à son artillerie. Ses idées sur l’emploi en masse des pièces et sur leur mobilité tactique vont marquer l’artillerie jusqu’en 1825.

Invention de l'obus

Pendant ce temps, à la fin du XVIIIème, l’obus sera inventé.
La différence est que l’obus contient la poudre, ce qui lui permet d’être explosif. Il sera utilisé à partir du milieu du XIXème siècle. L’artillerie sera une grande aide dans de nombreux combats. En raison de son intérêt stratégique, Napoléon Ier (qui était artilleur de métier) l’utilisa à de nombreuses reprises notamment à Austerlitz.

Le XIXe s. est marqué par des changements. En effet, l’utilisation du canon rayé va devenir commune, bien qu’il ait été créé vers la fin du XVème siècleà Augsburg et amélioré en 1520 à Nuremberg.

Puis, le XIXème siècle voit la disparition du boulet de canon (vers 1850), remplacé par les obus. De plus, le XIXème siècle voit l’adoption du chargement par la culasse, en 1870, et le remplacement dans les obus de la poudre noire par la mélinite, ou par de la poudre sans fumée.
Ces améliorations permettront de réaliser des obus explosifs d'une puissance supérieure à celle des obus chargés en poudre noire. Depuis le XIXème siècle, un grand nombre de canons de tous types et de toutes utilisations ont été construits.
L’un des canons le plus célèbre est le canon de 75 modèle 1897 qui est un canon d’artillerie français, rentré en service dans l’armée française le 28 mars 1898. Il est resté célèbre car c’est un canon qui dès la fin du XIXème siècle utilisait toutes les améliorations disponibles : poudre sans fumée, utilisation d’obus fusant (qui explose en l’air), chargement par la culasse, et frein de recul hydropneumatique (élimine le recul de l’affût : il n’y a plus que le tube qui recule).
Ainsi, il permettait un tir rapide ; il est appelé « canon-roi ».

Le long recul

canon de 75Le principe du long recul (lorsqu’il y a du recul, le tube du canon part en arrière, puis revient au même emplacement sans que la cible ait changé).
Ce principe, appliqué au canon de 75 modèle 1897 ( il y a tout de même un recul d’1m20 pour le tube du 75) et repris sur le 155 C.T.R. modèle 1904 (obusier) de Rimailho est encore aujourd'hui d'un emploi universel.

(Canon de 75 portée max : 9 550m ; cadence : 15 coups/min (28 maximum car il y a un risque d’échauffement + risque de fatigue et risque d’épuisement des obus); vélocité : 500m/s ; poids sans charge : 1 544kg ; durée de service : 48ans (1897-1945)

Six hommes pour un canon

Cependant pour faire fonctionner correctement au maximum de ses capacités un canon de 75mm modèle 1897, il faut un groupe de 6 hommes et un chef de pièce qui dirige les opérations.
six artilleursIl y a un tireur, assis sur un siège en face de la pièce. Il est responsable de l’ouverture et de la fermeture de la culasse, du tir et des changements de hausse.
Puis, il y a le pointeur, assis à gauche, qui s’occupe du pointage du canon.
Le chargeur est derrière le pointeur : il engage la cartouche dans la chambre.
Enfin, les trois dernières personnes qui sont derrière le caisson d’obus : il y a deux pourvoyeurs qui alimentent le canon en obus (en cas de manque d’obus, ils doivent aller en chercher avec des voitures caissons dans les dépôts de corps d’armée à quelques km en arrière) et le déboucheur, qui transmet l’obus au chargeur.

Durant la Première Guerre mondiale, avec le développement rapide de l’artillerie anti-aérienne, on compte plusieurs milliers de pièces d’artillerie (1000 pièces d’artillerie lourde à tracteurs, 3300 pièces d’artillerie hippomobile et 800 pièces d’artillerie à pied, 200 pièces d’artillerie lourde à grande puissance, 500 pièces sur voie ferrée).
De plus, on verra l’apparition du Canon de Paris, surnommé à tort La Grosse Bertha.

Le canon automoteur

La Seconde Guerre mondiale est marquée par le canon automoteur, les projectiles autopropulsés et la généralisation des calibres de 105 et 155 mm.
Sur mer, le 417 japonais tire à 40 km des projectiles de 1380 kg, surclassant dans la course au calibre le 406 américain.
Si le radar permet, dès 1941, les tirs de nuit et le pointage en permanence sur l’objectif, c’est dans la défense aérienne que l’artillerie navale va jouer en1943 un rôle déterminant en repoussant les attaques de l’aéronavale japonaise.

Les systèmes de guidage

Durant le XXème siècle, l’artillerie anti-aérienne va connaître une grande évolution.
En effet, alors que les commandes et les contrôles étaient primitifs jusqu’en 1930, les Anglais développèrent alors un système de contrôle intégré entre le commandement et les forces de défense au sol.

Cependant, pour éviter des tirs sur des avions alliés, certaines règles d’engagement sont mises au point :
- la règle des armes libres est la règle selon laquelle le système d’arme peut engager tout appareil n’ayant pas été reconnu comme allié. Puis,
- la règle des armes retenues précise que le système d’arme ne peut engager le combat qu’en cas de légitime défense ou avec un ordre formel. Enfin,
- la règle des armes bloquées oblige le système d’arme à ne tirer que si l’appareil est reconnu ennemi.
Ces trois règles peuvent être appliquées.

La méthode de visée à aussi changé : au début, le canon était manipulé avec des manivelles qu’il fallait tourner, le problème étant qu’il était trop dur et long de viser. Puis c’est avec un système de poignée beaucoup plus maniable, avec des chargeurs de 4 obus.

Le canon atomique

En 1952, les USA reçoivent une unité de canon atomique. Il y aura un seul essai officiel, le 25 mai 1953.
Une vingtaine de canons furent commandés et firent des manœuvres en Allemagne (1953-1960). Après une miniaturisation de l’arme pour qu’elle soit d’un calibre de 106 mm, il s’est avéré que ce canon est véritablement dangereux pour les tireurs.
En effet, le canon étant dans le souffle de l’explosion, les canonniers sont obligés de courir pour se réfugier dans un trou. Du fait de l’usure rapide des tubes et de leur défauts, la plupart de ces canons sont maintenant dans des musées.

Avènement des missiles

canon électriqueDepuis 1960, la précision accrue des missiles guidés condamne l’artillerie de gros calibre. Sinon, avec les révolutions de l’électronique et de l’informatique, l’artilleur dispose pour la conduite du tir d’instruments de plus en plus perfectionnés.

Il faut faire attention à ne pas confondre : les missiles ne font pas partie de l’artillerie car ce sont des engins qui sont propulsés par eux-mêmes en sortie du lanceur et on peut guider leur trajectoire après sortie du tube.
Aujourd’hui, malgré la création du nouveau canon Caesar, canon de 155mm très mobile, monté sur camion à 6 roues, le canon le plus important de l’artillerie reste le canon électrique.